
On vous l’a probablement déjà dit : « Il faut sortir de votre zone de confort. »
Je l’ai entendu, moi aussi.
Et pendant longtemps, j’ai cru que c’était vrai.
Alors j’ai essayé.
Se forcer. Se faire violence. Aller là où l’on n’a pas envie d’aller. Serrer les dents et avancer quand même.
Ça marche.
Parfois.
Mais il y a un petit problème.
Quand l’effort est terminé, qu’est-ce qu’on fait ?
On rentre chez soi.
Dans sa zone de confort.
Comme un élastique qu’on étire et qui revient exactement à sa place dès qu’on le lâche.
Et si nous faisions fausse route ?
Moi aussi, j’ai fait fausse route.
Pourquoi vouloir sortir ?
Parce que rester exactement où l’on est finit par coûter cher.
On n’ose pas poser la question.
On ne téléphone pas.
On remet une décision à demain.
On laisse passer une rencontre, une idée, un client, parfois même quelqu’un qui nous plaît.
Non pas parce qu’on ne sait pas quoi faire.
Mais parce que, juste devant nous, il y a cette petite ligne invisible.
Et nous n’osons pas poser le pied de l’autre côté.
Alors les occasions passent.
Sans bruit.
C’est peut-être cela, le plus dangereux.
J’ai changé de question
Un jour, au lieu de me demander :
« Comment sortir de ma zone de confort ? »
je me suis demandé :
« Comment pourrais-je m’y sentir à l’aise… un peu plus loin ? »
La différence paraît minuscule.
Elle ne l’est pas.
Je n’avais plus à devenir quelqu’un d’autre.
Plus téméraire. Plus extraverti. Plus sûr de lui.
Je pouvais rester moi-même.
Simplement avec quelques centimètres de terrain supplémentaires.
Aujourd’hui une question que je n’aurais pas osé poser hier.
Demain un appel.
Puis une conversation.
Puis peut-être une décision qui, quelques mois auparavant, m’aurait paru impossible.
Et quelque chose change.
Pas seulement ce que je fais.
L’idée que je me fais de moi-même.
Je ne me dis plus : « Ce n’est pas pour moi. »
Je commence à penser :
« Je peux peut-être essayer. »
Et les autres le sentent
Quand on cesse de lutter contre soi-même, on lutte aussi moins contre les autres.
On écoute davantage.
On cherche moins à convaincre.
On pose une question de plus avant de répondre.
Le client parle.
Le collègue se détend.
La conversation qui se serait refermée reste ouverte.
Ce n’est pas un grand bouleversement spectaculaire.
C’est parfois une porte qui reste entrouverte deux secondes de plus.
Et ces deux secondes peuvent tout changer.
Puis viennent les résultats
Un appel passé au lieu d’être remis.
Une demande formulée.
Un rendez-vous obtenu.
Une conversation difficile enfin engagée.
Un « non » prononcé sans culpabilité.
Un « oui » demandé sans avoir peur de la réponse.
Voilà pourquoi je me méfie maintenant des grandes injonctions au courage.
Je préfère les petits déplacements qui deviennent permanents.
Un pas.
Puis un autre.
Jusqu’au jour où je regarde derrière moi et découvre que l’endroit qui m’intimidait autrefois fait maintenant partie de mon territoire.
Alors non.
Je ne sors pas de ma zone de confort : j’en pousse les murs.

