
Nous sommes en l’an 1 du troisième millénaire et plus précisément en avril 2001.
C’est l’histoire d’un homme qui venait de Montréal, il avait acheté un grand terrain, pour assouvir sa passion des arbres.
Le terrain est magnifique, grand — 45 000 pi² — et vert. Mais, pas d’arbres !
« Quel bonheur », se dit-il ? Notre homme va pouvoir créer son aménagement paysagé.
Il consulte internet, des spécialistes, s’abonne à des revues sur l’arboriculture, achète des livres, participe à des séminaires et en parle à son chien, spécialiste du levé de patte — qui peut être mortel pour certains arbustes.
Enfin, il devient… une sommité. De quelle sommité est-ce que je parle ? Eh bien de la sommité… oui, de celle-là. Non, pas de l’autre.
Bien sûr, pour quelqu’un qui est décoré de l’ordre du pissenlit, on pourrait croire qu’il se soit transformé. Transformé en quoi ? Mais en une tige végétale surmontée d’une inflorescence ou, si vous voulez, de plusieurs fleurs. Ce que l’on appelle : une sommité florale. Donc, comme je vous le disais, notre homme s’est transformé en sommité, non pas florale, mais en matière de botanique.
Mais revenons à nos moutons.
Ah, j’ai déjà utilisé cette locution verbale dans un autre texte. Est-ce un tic de langage ? Mais non, c’est tout à fait à propos dans mon histoire de l’homme qui voulait transplanter des plants d’arbres.
En effet, une personne qui se passionne pour la nature sera portée à préserver l’environnement — en principe — bien qu’il y ait plusieurs façons de s’y intéresser.
Pour préserver l’environnement, notre homme chercha une autre solution pour tondre son gazon. Point de tondeuse qui pollue. À essence ou électrique, c’est pareil. Mais il dit OUI pour les moutons. Eux, ils vont faire le travail de la tondeuse. En plus, ils vont nourrir le terrain avec leurs rejets quotidiens.
Une fois son gazon tondu et pour occuper ses longues journées d’hiver, il pourra lui aussi utiliser sa tondeuse à mouton, pour raser leur toison. Ne croyez pas qu’il va faire de l’or avec. Non, il va se tricoter une tuque, des gants et un chandail et certainement se cultiver plein de personnes fanatiques des aiguilles à tricoter. De nombreux exemples existent dans les Cantons de l’est.
Mais revenons à notre histoire. Donc, notre homme devient une sommité — du moins le croit-il — en arboriculture plus précisément. Il connaît tout de différentes espèces : rusticité, dimensions, odeurs, couleurs, zones de rusticité, besoin en attention, voire en affection et en musique. Eh bien oui, parait-il, les plantes aiment certaines musiques. La plante ne « ressent » pas la musique, mais elle peut réagir physiquement aux vibrations qu’elle produit.
Il consulte également la marmotte de service pour savoir ce qu’elle aime manger, ce que ses amis les chevreuils préfèrent aussi. Ceci pour éviter que ces voisins, dévastateurs de jeunes plants, ne prennent son terrain pour le nouveau restaurant du coin.
Maintenant, ça y est, la neige fond, les merles d’Amérique sont de retour, les pépinières ouvrent grandes leurs portes et les cartes de crédit sortent des portefeuilles. Le printemps est arrivé.
Notre homme, à l’instar de milliers de québécois, se précipite dans les centres de jardin et les pépinières pour acheter tout ce qui pousse. La grande migration des arbres et arbuste commence. Il faut se dépêcher. La période de plantation est courte. Il achète, il transporte, il entrepose sans arrêt. Le moindre panneau indiquant une pépinière le fait changer de route. En cette période de l’année, les longues files d’attente ne sont pas à la pompe à essence cette fois, mais à l’entrée des pépinières.
Début juin, la cour est pleine de tous les spécimens imaginables, dans des pots en plastique noirs, sagement alignés. Ils attendent avec impatience le grand jour pour pouvoir être plantés dans un nouveau sol, une terre nourricière.
Notre homme se présente avec sa pelle, sa brouette et un grand sourire aux lèvres. Il se voit déjà dans son hamac fixé entre deux magnifiques chênes et rêvassant. Mais non, ce n’est pas toi, Albert Mondor — la référence québécoise en horticulture.
Il se dirige vers le plus bel endroit de son terrain pour creuser le premier trou. Ses plants attendent.
Premier coup de pelle, aïe ! Deuxième coup de pelle, Ouille ! Et des aïe, des ouilles, des tabarnacs, il en pleut. En veux-tu ? En voilà. Après plusieurs heures d’essais, une constatation s’impose. Le terrain, si beau et si vert en dessus, ce sont des cailloux, de l’argile, de la M… en dessous.
Faire un trou relève de l’exploit. Il avait tout anticipé, pensa-t-il.
Mais que faire des 35 arbres et arbustes qui le regardent la tête pendante de déception. « Il faut faire quelque chose », se dit-il. Mais quoi ?
Vite, à la quincaillerie la plus proche. La solution : acheter une barre à mine de 22 livres, pour creuser, creuser encore et à la fin, pouvoir devenir l’homme qui sauva la terre.
D’un problème majeur, notre homme aura fait d’une pierre deux coups, devenir l’homme qui sauva sa plantation et cette année, il n’aura pas besoin d’aller au gym.
Un bon conseil, la prochaine fois que vous aurez un projet — de jardinage — pour bien le planifier, vérifiez si vous n’allez pas économiser sur votre abonnement à la salle d’entrainement. Si oui, souvenez-vous de notre homme et de sa barre à mine.
Dorénavant, avant chaque projet, quel qu’il soit, soulevez un coin de la pelouse.
Une campagne publicitaire, par exemple. Avant de dépenser le moindre dollar, posez-vous ces huit questions. Et si le projet, c’est votre entreprise elle-même, commencez plutôt par vous demander quel type d’entrepreneur vous êtes.
Et vous, quel coin de pelouse n’avez-vous pas encore soulevé ? Avant d’investir davantage de temps, d’argent ou d’énergie dans votre projet, vérifiez ce qui se cache dessous. Un coup de pelle aujourd’hui peut vous éviter la barre à mine demain.

