Gestion du temps

Le voleur de temps n’existe pas !

Un homme discute avec une interlocutrice à son bureau

Vous connaissez les voleurs de temps ? Les e-mails. Le téléphone. Les réseaux sociaux. Les collègues qui passent « juste deux minutes ». Les notifications. Toutes ces choses qui entrent dans votre journée, prennent quelques minutes ici, quelques minutes là et, le soir venu, vous font demander : Mais où est passée ma journée ? Eh bien, j’ai une mauvaise nouvelle.

Le voleur de temps n’existe pas.

Oui, je sais. C’est beaucoup moins pratique. Parce qu’un voleur, normalement, prend quelque chose qui vous appartient sans votre permission. Votre téléphone fait-il cela ? Votre boîte mail vous menace-t-elle ? Une notification vous met-elle un revolver sur la tempe en exigeant : Regarde-moi immédiatement ! Non.

La plupart du temps… vous êtes consentant. Pire. Vous êtes complice.

On ne vous vole pas seulement du temps

Imaginez. Vous travaillez depuis vingt minutes sur quelque chose qui demande réellement de réfléchir. Vous commencez enfin à entrer dedans.

Ding !

Un message. Vous regardez. Rien d’urgent. Vous revenez à votre dossier. Trois minutes plus tard : Bzzz… Votre téléphone.

Vous regardez. Puis, puisque vous avez déjà le téléphone dans la main, vous vérifiez autre chose. Une information. Un message. Un lien. Vous revenez enfin à votre travail. Où en étiez-vous déjà ? Voilà le véritable problème.

Vous n’avez peut-être perdu que quelques minutes à regarder ces messages. Mais vous avez surtout cassé la continuité de ce que vous étiez en train de faire. Le premier voleur n’est pas le message.

C’est l’interruption que vous lui accordez.

Votre boîte mail n’est pas votre patron

Un message arrive. Que faites-vous ? Vous le regardez. Pourquoi ? Parce qu’il est arrivé.

Réfléchissez deux secondes à cette logique. Vous étiez en train de travailler sur quelque chose que vous aviez décidé de faire. Quelqu’un envoie un message. Et, immédiatement, cette personne décide à distance que son sujet passe devant le vôtre. Étrange, non ? Je ne vous dis pas de ne plus lire vos e-mails. Je vous suggère quelque chose de beaucoup plus subversif : décidez vous-même quand vous les lisez.

Fermez la messagerie lorsqu’elle n’est pas nécessaire. Supprimez les alertes qui n’ont aucune raison d’exiger votre réaction immédiate. Regroupez, lorsque votre activité le permet, certains moments de consultation. Et surtout, avant d’ouvrir un message, posez-vous cette question : Suis-je prêt à en faire quelque chose maintenant ? Parce qu’ouvrir un e-mail, le lire, le remettre de côté puis devoir le relire plus tard crée encore une autre perte de temps. C’est précisément cette habitude de traiter plusieurs fois la même chose que j’aborde ailleurs.

Même e-mail. Deux problèmes différents.

Et votre téléphone ?

Il sonne. Que faites-vous ? Vous décrochez. Réponse étonnante. Pourquoi ?

Parce qu’il sonne. Votre sonnette d’entrée fonctionne de la même façon. Mais si quelqu’un sonnait chez vous toutes les six minutes pendant que vous essayez de travailler, au bout d’un moment vous finiriez probablement par ne plus ouvrir. Alors pourquoi votre téléphone aurait-il davantage de droits ? Si vous n’avez pas le temps de parler, ne décrochez pas. Non parce qu’un appel est mauvais. Mais parce que décrocher est une décision.

Si l’appel est important, vous pourrez rappeler. Si vous attendez précisément cet appel, bien sûr, décrochez. Le problème commence lorsque votre téléphone décide systématiquement de votre priorité.

Le piège du « juste une seconde »

Vous avez déjà dit cela ?

« Je regarde juste une seconde. »

C’est une phrase dangereuse. Une seconde sur un réseau social. Une seconde pour vérifier une information. Une seconde pour lire ce message. Une seconde pour voir ce qui vient d’arriver. Je ne vous demande pas de supprimer les réseaux sociaux de votre vie. Ni votre téléphone. Ni votre messagerie. Je ne compte pas non plus vous envoyer vivre dans une cabane au fond de la forêt.

D’ailleurs, avec ma chance, vous y trouveriez probablement du Wi-Fi. Le problème n’est pas l’outil. Le problème est l’absence de frontière. Réservez un moment pour certaines activités au lieu de leur permettre de s’installer partout.

Vous voulez consulter vos réseaux ? Très bien. Décidez quand. Vous voulez répondre aux messages ? Très bien. Décidez quand. Vous voulez suivre l’actualité ? Même réponse. Ce qui compte n’est pas seulement ce que vous faites. C’est qui décide du moment où vous le faites.

Les autres aussi peuvent vous voler… avec votre permission

Vous travaillez. Quelqu’un arrive.

— Tu as deux minutes ?

Vous connaissez la suite. Vingt minutes plus tard, vous connaissez les problèmes de son client, son projet du mois prochain et probablement ce qu’il a mangé hier soir. Mais le véritable problème est ailleurs. Vous avez dit : « Oui. »

Parfois, il suffit de répondre : « Je termine ceci et je viens vous voir. » Ou : « Donnez-moi dix minutes. » Ou même : « Pas maintenant. » Ce n’est pas forcément agréable la première fois. Mais votre concentration mérite, elle aussi, d’avoir une porte. Et vous avez le droit de décider quand l’ouvrir.

Faites un petit test

Demain, choisissez une période de votre journée. Pas toute la journée. Une période. Trente minutes, une heure, peu importe. Pendant ce temps, coupez les notifications inutiles, fermez ce qui n’est pas nécessaire à votre tâche, ne regardez pas votre téléphone « juste une seconde », ne consultez pas votre boîte mail par réflexe et, si quelqu’un vous interrompt, demandez-vous si cela doit vraiment être traité maintenant.

Puis observez. Pas seulement combien de minutes vous avez « gagnées ». Observez surtout comment vous travaillez lorsque votre attention ne change pas constamment de direction. Vous pourriez être surpris.

Mais attention au nouveau piège

Il serait facile de lire cet article et de devenir obsédé par chaque interruption. Votre conjoint vous parle ? Voleur de temps ! Votre enfant vous appelle ? Voleur de temps ! Votre collègue vous demande de l’aide ? Voleur de temps ! Évidemment non. La question n’est pas : « Comment empêcher le monde de me déranger ? »

Elle est : « Est-ce moi qui décide de changer de priorité, ou est-ce que je réagis automatiquement à tout ce qui apparaît ? » Parfois, l’interruption est beaucoup plus importante que ce que vous faisiez. Dans ce cas, changez de priorité. Mais faites-le consciemment. Voilà toute la différence.

Finalement, où est le voleur ?

Il n’est pas dans votre téléphone. Il n’est pas dans votre boîte mail. Il n’est pas dans les réseaux sociaux. Il n’est même pas toujours chez celui qui vous interrompt. Le véritable problème apparaît lorsque vous laissez systématiquement les autres, les outils ou les habitudes décider de ce qui mérite votre attention. Vous avez peut-être déjà essayé d’organiser votre temps alors que vous vous sentez constamment débordé.

Commencez alors par quelque chose de plus simple. La prochaine fois que Ding ! retentira… ne bougez pas tout de suite. Regardez ce que vous étiez en train de faire. Puis demandez-vous : Qui décide maintenant ?

Vous ? Ou le « voleur » ?

Portrait de Pierre Bertucat

Pierre Bertucat

« Je ne suis pas de mon avis. »

Découvrir mon parcours